08 septembre 2015

Un an à tenir

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C'est ce que je me suis dit en sortant du travail après mes 2 dernières nuits.

Ces 2 nuits où j'ai passé mon temps à courrir, 11h avec pour seul arrêt un encas mangé sur le pouce entre 2 sonnettes et un thé bu froid forcément. 

La première nuit les patients ont sonné, sonné, sonné, je ne sais pas combien de fois mais ça n'a pas arrété, mes 15 min de pause ont été entrecoupées par environ 10 appels. ça ne s'est calmé que vers 4h du matin soit 8h après mon arrivée dans le service.

La deuxième nuit les quelques lits de libre se sont rempli, 5 urgences, 3 dossiers compliqués et 2 plus simples mais arrivés pendant mon dernier tour, celui où je ne peux pas avoir de souci sous peine d'être en retard aux transmissions (et à la maison au passage).

Et les transmissions... J'ai cru que je ne m'en sortirais jamais, après 22h de travail en 2 jours mon cerveau m'a laché, impossoble d'organiser ma pensée. Mes pauvres collègues ont du remettre en ordre les infos que je leur ai donné, j'espère n'avoir rien oublié.

Je bosse dans un des services les plus chargés, je suis seule avec mon aide soignante pour tout gérer et la charge de travail est énorme.

La réponse de ma chef quand je lui en parle est que je dois appeler les collègues des services moins chargés quand j'ai besoin, pas queston d'avoir une 2ème infimière la nuit. OK, et quand les collègues sont occupés? et quand se sont les sonnettes incessentes qui m'interrompent? 

J'aimerais comprendre pourquoi je suis seule la nuit alors que le matin il y a 3 infimières et l'aprèm 2.

Il y a le même nombre de patients la nuit que le jour, je ne gère pas la visite du médecin mais je prépare les médicaments. J'ai autant de surveillence de bloc que la journée, je refais les pansements ou repose une sonde urinaire quand il y a lieu, j'accueille les patients qui rentrent tard du bloc et ceux qui arrivent par les urgences comme la journée. 

Je veille sur tous, même s'ils dorment, je passe, je soulage la douleur, j'écoute les angoisses.

Je ne parviens pas a comprendre pourquoi on m'oblige a avoir une telle cadence. Elles sont belles les enquêtes qualités et les certifications si on laisse de côté la qualité de la prise en charge. Et oui, avec une telle charge de travail il y a forcément des choses de mises de côté, alors je passe, je surveille les constantes, le matériel, j'appelle le médecin s'il y a un problème mais le côté humain dans tout ça??? 

C'est trop pour moi, Je pourrais passer de jour c'est vrai mais ma vie de famille se résumerait a bien peu de chose. Je pourrais changer de service ou d'établissement mais où aller pour trouver des consitions de travail convenables quand les effectifs diminuent sans cesse?

Et puis j'aurais toujours cette pression, toutes ces vies entre les mains. On ne se rend pas compte quand on ne le vit pas mais l'erreur n'est pas admise dans mon métier, si je passe à côté de quelque chose les conséquences peuvent être très graves voire fatales pour mon patient. C'est difficile à vivre, surtout quand on doit se presser et qu'on a un grand nombre de personnes sous son aile. C'est déjà difficile de voir des gens mourir sous ses yeux sans y être pour quelque chose alors je n'imagine pas si c'était de ma faute.

Mon projet de reconversion est plus que d'actualité, nécessaire je dirais. Je travaille dessus, je révise, je vais bientôt remplir des dossiers d'insciption au concours, de CIF (congé individuel de formation) etc.

Il va falloir que je tienne un an si tout va bien, plus si je rate le concours et si mon CIF n'est pas accepté. Un an a courrir, a stresser, a faire des transmission de merde en m'excusant 10 fois avant de partir et me sentir nulle. J'espère qu'il y aura des nuits calmes, le plus souvent possible, celles où il y a peu de patients ou celles où tout se déroule bien malgré le service plein. ça m'aidera a tenir le coup et aussi a remonter mon moral, c'est quand même plus sympa de quitter le boulot sereine et de rentrer sans s'écrouler de fatigue.

C'est un article un peu grave, merci si tu m'as lu jusqu'au bout. Je me sens un peu plus légère d'avoir couché ça sur un page.

A bientôt pour des choses plus légères, avec mes loulous, c'est eux qui comptent, le reste n'est que secondaire.